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Il est des périodes difficiles où la succession des catastrophes et des souffrances qui s’abattent sur des peuples ou des personnes trouble pour des raisons particulières la conscience du chrétien. 

Pourquoi cela ? Pourquoi le malheur, pourquoi le mal ? Pourquoi la guerre , pourquoi les tremblements de terre ? voir photos du tremblement de terre en Turquie en octobre 2011 

801736 turquie-seisme2Dans l’imaginaire collectif, Dieu est associé à bonté, amour et toute puissance. N’y a-t-il pas de ce point de vue contradiction ? Si Dieu est bon, comment affirmer qu’il est tout puissant ? Si Dieu est tout puissant, comment affirmer qu’il est bon ? Pourquoi Dieu, créateur du ciel et de la terre, n’aurait t-il pas créé un monde mieux réussi ?   

 

De Dieu, nous attendons tous une protection contre le mal, la maladie, la souffrance, l’accident. Nous prions Dieu pour qu’il pleuve en cas de sécheresse ou qu’il arrête de pleuvoir en cas d’inondation. Nous avons prié Dieu la semaine dernière pour que les souffrances du peuple japonais et du peuple libyen s’arrêtent. Il ne nous a pas écoutés. Que fait-il ? Pourquoi n’intervient-il pas ?

A ces questions essentielles et si souvent posées, la Bible répond mais sa réponse n’est facile ni à comprendre ni à admettre.

  La Bible traite de cette question dans nombre de ses livres, dont certains lui sont consacrés, mais nous éprouvons parfois des difficultés à nous référer à ces textes que beaucoup estiment incompatibles avec la conception qu’ils ont de Dieu, surtout aujourd’hui. Ces textes contiennent parfois «  les mots que nous n’aimons pas », comme l’affirment ceux qui ont l’habitude de faire des tris dans la Parole en fonction de leurs convictions…..

Il faut dire que la réponse n’est ni limpide ni unique, mais qu’elle est contenue dans des éléments parfois peu rationnels dans leur apparence, peu satisfaisants pour le sens commun,  peu conformes à l’image du « bon père » que nous avons de Dieu.

  La Bible évoque abondamment la question de la fin des temps, des épreuves, des catastrophes, du mal. C’est qu’elle a pour objet de nourrir notre foi aussi et peut-être surtout dans ces temps difficiles en répondant à nos angoisses les plus vives. Parmi les livres de la Bible, on pense  au début de la Génèse, à la première lettre aux Thessaloniciens, à l’Apocalypse (ou révélation).

J’ai choisi un texte « classique » parmi d’autres pour illustrer cette question du malheur et de sa signification : Matthieu chapitre 24 . C’est le début du dernier des cinq grand discours du Christ, celui prononcé juste avant sa Passion. C’est un moment particulièrement stratégique de l’enseignement du Christ, un des plus précis également.  

 

1-  Le malheur fait partie de notre monde  comme la succession  des catastrophes

Nous le savons depuis le texte de la Genèse : le mal existe dans le monde ; il n’a été ni créé ni voulu par Dieu mais il est une des conséquences du désordre introduit dans la création par l’orgueil de l’homme symbolisé par l’épisode d’Adam et Eve. L’imperfection de notre monde engendre des catastrophes, qui sont souvent mais pas toujours le résultat des fautes des hommes. L’espérance chrétienne réside dans l’attente d’un monde d’où le mal et le malheur auront disparu. Cette attente au sein d’un monde imparfait perdure aujourd’hui, après le sacrifice de Jésus, et en dépit de la fonction « propitiatoire » de la Croix, c’est-à-dire du fait que Jésus a par la Croix vaincu le mal, payé définitivement le prix du péché des hommes et assuré ainsi le salut des croyants. Jésus le réaffirme dans Matthieu 24, nous restons dans le parcours terrestre de la Nouvelle Alliance confrontés à une situation d’imperfection. Les catastrophes en constituent une conséquence inéluctable.

  Dans ce contexte, la lutte contre le mal, contre les dangers de la nature, ou  pour une amélioration de notre condition humaine, participe à l’espérance du Royaume. La parabole des Talents (Matthieu 25:14-30) en témoigne : Dieu a mis à notre disposition les richesses de cette terre pour que nous les développions nous –mêmes, pour que nous prévenions les fléaux ou les empêchions.

 Jusqu’à quel point l’homme peut-il lutter contre ces fléaux ? On sait que l’homme ne peut pas assurer seul son propre salut par ses œuvres. C’est aussi vrai à titre collectif : un homme , un groupe d’homme, mais au-delà l’humanité toute entière  ne peuvent pas assurer seuls le salut de la terre s’ils ne  comprennent pas, s’il ne prennent pas en compte la toute puissance de Dieu ou s’ils veulent s’y substituer. L’épisola tour de Babelde de la Tour de Babel le montre : les hommes ne pourront pas d’eux-mêmes revenir au paradis terrestre. La construction de la Tour de Babel fut interrompue par Dieu avant qu’elle atteigne le ciel comme le voulaient les hommes (Genèse 1:1-9).

  L’homme doit donc agir pour améliorer, développer, investir, mais en bon serviteur ou ouvrier, pas en propriétaire. Il n’y a qu’un propriétaire, un Maître, notre Seigneur, qui fixe le cahier des charges, la destination finale de sa création.

  Il en est de même pour notre relation aux richesses matérielles. Nous devons aussi nous en remettre à Dieu ,sans inquiétude particulière mais sans ambition excessive . Dans la prière du Notre Père, la supplique que nous adressons à Dieu sur cette question est « donne nous notre pain quotidien ». Dieu est à l’origine de nos revenus, il garantit notre subsistance.

  Le Nouveau Testament confirme et précise les leçons de l’Ancien dans ses livres fondés sur la Révélation ou l’Apocalypse. Seul le retour de Jésus sur terre mettra fin à cette situation imparfaite où la créature et la nature sont si souvent hostiles.

  Notre actuelle vie terrestre reste par conséquent inévitablement, et on pourrait dire dans cette logique, caractérisée par la précarité, l’imperfection, et donc la souffrance. Absolu souverain, Dieu l’a voulu ainsi. Il en est donc dans un sens responsable.  D’ailleurs , le Dieu de la Bible ne recule pas devant la punition, l’épreuve et la violence . Mais il n’est pas seul responsable. Les hommes partagent cette responsabilité. En effet, Dieu a donné aux hommes une certaine liberté, liberté d’accepter ou pas le salut, liberté aussi d’agir bien ou mal dans ce monde. Il leur a laissé les rênes de la gestion de la « cité terrestre ». Le fameux « rendez à César ce qui est à César » signe bien notre responsabilité face au mal, face aux désastres.

  Si Dieu et les hommes se partagent cette responsabilité, à des degrés divers, il serait fallacieux d’établir une identification entre le malheur que représente la succession des catastrophes et la culpabilité  d’un ou d’un groupe d’hommes, voire de l’humanité.  L’homme est pêcheur, plus ou moins, même s’il a la foi. Cela nous arrangerait de voir dans les malheurs une boussole de nos dérèglements. Mais ce serait trompeur. Ce ne sont pas toujours nos  fautes qui sont punies lors de l’arrivée d’épreuves. Par exemple, peut-être Dieu a–t-il voulu, avec l’explosion de la centrale de FUKUSHIMA en raison du tsunami, donner un avertissement solennel à l’humanité dans sa gestion du nucléaire. Mais pourquoi a–t-il un an avant châtié les haïtiens qui n’ont pas de nucléaire ? centrale de fukushima

Il n’y a pas dans ce qu’on appelle la « justice divine » d’adéquation systématique entre la punition et la faute, ni même de lien que l’on puisse admettre avec notre regard. En cela, la signification de beaucoup de catastrophes reste un mystère. Le livre de Job en témoigne magnifiquement. Le lecteur, rationaliste ou non,  n’aura jamais sa réponse au « Pourquoi ? ».

La succession de désastres, la présence du mal ne s’explique donc que par notre condition. Nous n’y pouvons rien. Seul Dieu peut quelque chose, sil le veut  C’est seulement lorsque Job a compris cela qu’il a été délivré de sa malédiction. Pour expliquer la signification du livre de Job, Daniel BOURGUET titre «  Job, pour rien » .

  Nous devons tous en être conscients, nous ne devons pas nous effrayer ou nous décourager  (« ne vous alarmez pas … ») et nous devons accepter l’épreuve (« il faut que cela arrive »).

  C’est le signe que toutes nos propriétés ou richesses ou passions terrestres, que tous nos acquis ne sont qu’éphémères, que nous ne devons pas nous y attacher outre mesure, que nous ne devons pas nous laisser posséder par elles. Nous pouvons à cet égard méditer l’exemple des japonais, dont le comportement admirable est empreint de la sagesse qu’on associe généralement au bouddhisme. Mais nous pourrions aussi bien retenir le même enseignement à partir de la sagesse chrétienne, caractérisée elle aussi par la conviction de l’« impermanence » de nos richesses ou de nos œuvres, comme des éléments de la nature.

  

2. Dieu partage et atténue notre souffrance dans l’épreuve :

  Nous savons depuis l’épisode de l’Arche de Noé que Dieu ne laissera pas détruire le monde. Après le déluge, où le châtiment divin a été presque total, Dieu proclame qu’il ne rééditera pas sa punition (Genèse 8:21-22). L’Eternel, au moment qu’il a choisi, ému par les souffrances de son peuple, sauve celui-ci ou le « reste » de ses fidèles. Il intervient toujours, y compris dans les situations les plus désespérées. Pensons à toute l’épopée de l’ancien Testament, à la fuite d’Egypte, à la fin de la captivité à Babylone…. Dans le cadre de la nouvelle alliance, Matthieu 24 rappelle explicitement que Dieu interviendra pour abréger nos souffrances, pour les limiter, par pitié pour nous, par amour pour nous. Le pire absolu n’arrivera pas.

  C’est pourquoi y compris dans sa détresse, il faut avoir confiance en Dieu, se confier à la grâce de Dieu et agir dans la ligne de ses convictions. Dieu a l’exclusivité de la conduite du monde. Il ne faut pas se fier à des faux prophètes  ou à de fausses idoles. Jésus nous met à plusieurs reprises explicitement en garde à ce sujet, en nous avertissant qu’elles se manifesteront souvent. C’est vrai aujourd’hui des multiples « prophètes » qui se lèvent pour nous donner telle ou telle explication du monde et de ses malheurs ou pour nous annoncer telle ou telle catastrophe (par exemple, après le Millénium de l’an 2000, la fin dfin du monde 2012u monde pendant l’année 2012…comme si 2011 allait être une promenade de santé). Soyons prudents à ce sujet, notamment sur la désignation des coupables , une tentation  à laquelle beaucoup succombent .

  En second lieu, Dieu partage et porte la souffrance de l’humanité. De multiples témoignages le montrent, et notamment le texte d’Esaïe sur le serviteur souffrant et humilié (Esaie 42 ). La passion du Christ lui aussi humilié et martyrisé rappelle que Dieu a jusqu’au bout voulu partager notre souffrance avec la mort de son fils.

  Dieu est donc avec nous contre le mal. Il lutte avec nous. Il saura jusqu’où ne pas aller, même si la limite qu’il s’impose dépasse notre raison, notre entendement. Souvenons nous de la dernière pje suis avec voushrase prononcée par Jésus dans l’Evangile de Matthieu avant son Ascension : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

 

Cela est bien décrit dans ce sombre souvenir d’Elie Wiesel à Auschwitz. Devant le cadavre desséché d’un adolescent pendu au milieu du camp, quelqu’un pose la question : « mais où est Dieu » ? Après un silence, quelqu’un apporte la réponse : «  il est là, au bout de la corde ».

 

 

3. Il faut se tenir prêt pour l’épreuve comme pour la fin des temps :

  - La confrontation avec le mal, la résistance aux faux prophètes et à leurs fausses explications, le maintien de l’espoir sont la manifestation d’une foi véritable ; L’épître aux Hébreux rappelle (voir notamment Hébreux 11) l’épopée des hommes et des femmes de l’Ancien Testament qui ont témoigné de leur confiance en Dieu avec leur foi malgré les épreuves, les révoltes et les silences de Dieu : la foi, c’est contre toute raison, l’espérance ferme des choses qu’on ne voit pas !la foi

  - La confrontation avec le malheur nous donne l’occasion d’une plus grande communion avec Dieu : «  Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, sachant que la mise à l’épreuve de votre foi produit la patience »  (Jc 1:2-3). Ne donnons pas à cette phrase le sens masochiste qu’elle n’a pas. Comprenons que c’est aussi et peut-être surtout aux moments les plus durs que nous pouvons compter sur Dieu, l’appeler à notre secours, et en tirer bénéfice en supportant mieux l’épreuve : «reposez vous sur mon joug » rappelle Jésus.

  - La persévérance affermit notre foi : « La détresse produit la persévérance, la persévérance conduit à la victoire dans l’épreuve et la victoire dans l’épreuve nourrit l’espérance » (Rm 5:3-4). Si nous ne devons pas être indifférents au sort du monde, nous gagnerons à être acteurs de l’amélioration de notre sort : notre foi et notre espérance en grandiront ; notre réflexion sur la mort, qui est notre lot commun, et le sens de la vie aussi ;

  - Pour se tenir prêt, il faut donc affermir sa foi pour qu’elle ne vacille pas, mais reste vive, et agir en fidélité avec elle. Jésus rappelle à la suite de son discours  de Mt24 que le maître demande à son serviteur de faire son travail, et ce travail est défini : il est de prendre soin de ses frères dans le besoin, de soulever s’il le faut des montagnes pour cela (cf Mt24.45 « ce serviteur fidèle et prudent que son maître a établi responsable des gens de la maison pour leur donner de la nourriture en temps voulu »). Plus la situation est grave, plus il faut serrer les dents dans l’épreuve. Plus il faut aussi faire preuve de solidarité, d’amour, et de sens du partage, revenir aux fondamentaux de notre humanité. Ce n’est pas seulement l’espérance passive ou contemplative qui nous est demandée, mais aussi notre participation à la construction d’un monde meilleur ;

  - Car le contraire du mal, c’est le bien. Le plus efficace  ennemi du mal, c’est l’amour. Le bien vient de l’amour et de l’espérance. Ce sont des forces que notre foi nous permet de développer contre les forces du mal. C’est donc paradoxalement un des effets favorables des épreuves que nous traversons que de nous renforcer (n’hésitons pas, à cet égard, à reprendre la formule de Nietzsche, « ce qui ne tue pas rend plus fort ») et de nous inciter à nous engager dans plus de solidarité et de fraternité.

  

Conclusion :

 

Il faut donc espérer malgré le mal et le malheur, accepter l’inacceptable, parce que le mal et le malheur font partie de ce monde, parce que Dieu est présent avec nous dans le malheur, parce qu’il nous demande de nous tenir prêts pour l’épreuve suprême que représentera notre mort, comme pour l’avènement d’un autre monde !

  Loin de se limiter à l’attente béate d’un avenir meilleur, notre espérance est mise à l’épreuve d’un mal parfois radical, du tragique et du non-sens de l’histoire. Sans illusion au regard du monde, notre espérance doit être sans concession face aux lâchetés et aux inerties de ce monde clos.

 

Mais il faut aussi croire à cause du bien. Car le bien existe autant, et plus fort encore, que le mal.

 

André Malraux, dont il faut rappeler qu’il était agnostique, tire ainsi la leçon de certains faits d’héroïsme dans les camps soviétiques :

«  S’il est vrai que pour un esprit religieux, les camps, comme le supplice d’un enfant innocent par une brute posent la suprême énigme, il est aussi vrai que pour un esprit agnostique, la même énigme surgit avec le premier acte de pitié, d’héroïsme, ou d’amour ».

Et c’est Dieu qui est derrière ce premier acte, signe du perpétuel recommencement, signe de l’espoir que représente la vie éternelle.

 

Prions donc pour que nos morts, haïtiens, libyens ou japonais, ne soient pas morts pour rien. Prions pour que le peuple haïtien dispose un jour d’un habitat aussi solide que le peuple japonais ; prions pour que le peuple japonais ne construise pas avec son énergie atomique une tour de Babel aussi peu efficace qu’une ligne Maginot mais aussi dangereuse que l’enfer. Prions pour qu’au contraire, comme tous les autres peuples, il ait la sagesse de s’arrêter là où il le faut, quand il le faut, tout en surmontant son épreuve et guérissant ses blessures.

 

  

Alain JOUBERT

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