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C’est une question souvent posée aux Chrétiens, aujourd’hui : « A quoi ça sert de croire ? Cela ne rend pas plus heureux, au contraire... D’ailleurs, quand on voit les croyants, ils n’ont pas l’air spécialement heureux. »  

 

Le texte biblique est à cet égard assez complexe à interpréter. J’ai choisi deux textes, parmi d’autres, qui évoquent cette question de manière apparemment contradictoire ou différente. C’est une tradition dans la Bible, cela nous donne encore plus matière à réflexion.

 

- Le premier, c’est la réponse de Jésus-Christ à Pierre dans l’Evangile de Matthieu lorsque Pierre, craignant l’arrestation de Jésus, essaie de le sauver ; Matthieu 16:24-26 

 

- Le second, c’est une exhortation de Paul à l’Eglise de Thessalonique pour aider leurs membres à résoudre leurs conflits internes. I thes. 5:16-19

 

Alors, faut-il perdre sa vie et porter sa croix quand on est chrétien ou être toujours joyeux ?

 

A cette interrogation, il est difficile d’apporter une réponse facile et clairement audible. Notamment dans le protestantisme, qui n’a pas la réputation d’une confession débridée et joyeuse.

 

L’austérité du protestantisme, ses exigences éthiques, tout cela n’apparaît aujourd’hui pas moderne par rapport à cette caractéristique de nos sociétés contemporaines : celle de la quête du bonheur, quête du bien-être personnel et de l’accomplissement de soi, quête du confort matériel, recherche de l’amélioration de ses conditions de vie, refus de l’interdit au nom du droit à toutes les formes de liberté. Or la transgression de l’interdit est souvent assimilée au bonheur. Dostoïevski l’a dit pour le regretter : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est possible. »

 

Notre société, c’est donc la recherche du bonheur à tout prix et du bonheur immédiat, c’est le paradis sur terre, puisqu’on ne se préoccupe plus de
l’au-delà.

 

I – Le bonheur terrestre n’est pas l’objectif fondamental de la foi chrétienne :

 

- Le Christianisme, comme les autres religions, se désintéresse un peu du bonheur terrestre, et invite plutôt ses fidèles à se préoccuper d’un bonheur pour l’au-delà. Il n’est pas si grave, Jésus l’a dit, de perdre sa vie ici-bas pour la gagner au-delà. Le christianisme n’est pas une sagesse, une philosophie du bonheur contrairement à ce qui est affirmé ici et là. On n’est pas dans le domaine du bouddhisme ou de la zen attitude, tant à la mode aujourd’hui.

 

Dans les Béatitudes de Matthieu, dans les 26 Béatitudes du psautier, le mot « heureux » est un mot pluriel, qui est mal traduit de l’hébreu par le vocable « heureux », et qui a plutôt signification de « debout, en marche ». Il traduit la situation de ceux qui appartiennent au royaume des cieux.

 

Le bonheur dans les psaumes est un comportement éthique et une proximité de Dieu ; c’est aussi un chemin vers lui. André CHOURAQUI préfère à Heureux le terme « En avant ». La quête du bonheur, c’est la quête permanente de Dieu et de sa justice.

 

Etre heureux, ce n’est évidemment pas comme on pourrait le penser avec une mauvaise lecture des béatitudes de Matthieu d’avoir faim, pleurer, être humble, être insulté ou persécuté… Le christianisme, ce n’est pas la mortification malgré l’invitation de JC à ce que chacun porte sa croix.

 

Et le chemin auquel JC nous invite n’est pas un chemin de rose, mais un chemin rocailleux, difficile, dont le terme est une porte étroite. Jésus affirme (Mt7.13-1) : « car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là ; mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui le trouvent. »

 

- Jésus n’a pas été spécialement heureux. Il pleure devant la mort de son ami Lazare. Il s’est sacrifié pour nous, et il est mort dans une difficile situation, abandonné de tous. Il n’a pas enseigné le bonheur. Jésus reproche à Pierre dans le texte de Matthieu de céder à la tentation de Satan, qui est de vouloir être heureux, de chercher son bonheur ou confort personnel fondé sur son égoïsme ou sa puissance. Comme tous ceux qui doivent porter leur croix, JC décide qu’il doit renoncer à lui-même plutôt qu’à sa mission.

 

- Enfin, l’éthique chrétienne, au sens des commandements, des valeurs à suivre, ne conduit pas le chrétien à se complaire dans une situation de repli sur lui, d’abandon dans la contemplation et dans le repli égoïste. Peut-on être vraiment heureux quand on est riche mais que les autres sont pauvres, quand on est puissant mais que les autres sont persécutés, surtout si on ne fait rien pour les autres ?

 

II – Etre heureux n’est pas une nécessité pour appartenir à l’Eglise de Dieu :

 

- Une certaine conception du christianisme, et notamment des thèses de « l’Evangile de la prospérité » ou certaines conceptions issues des thèses de la prédestination, pourrait le laisser penser : après tout, puisque Dieu est tout puissant, n’a t-il pas décidé de distinguer certains en leur donnant la foi, foi qu’ils manifestent par leur épanouissement, par leur joie de vivre, par leur bonheur ? Souvent, quand on est malheureux, on se sent seul, inutile, abandonné. On n’a pas envie d’agir pour les autres, on a du ressentiment, on se laisse aller. On redoute le regard des autres, et celui de Dieu. On répugne à entrer dans une communauté. A-t-on alors le droit d’être chrétien ? A-t-on le droit d’avoir la foi ? Ce discours est très culpabilisateur et destructeur.

 

Il est totalement erroné. Il n’y a pas de « tyrannie » du bonheur dans le christianisme ».

 

- Jésus-Christ respecte les peines et la souffrance des hommes : il est beaucoup plus proche des personnes malheureuses qu’il essaie d’aider, quelles que soient leurs imperfections, quels que soient leurs défauts.

 

Le psaume 9 :19 indique : « car le malheureux n’est point oublié à jamais. L’espérance des misérables ne périt pas toujours ». Dieu n’oublie pas, n’abandonne pas les malheureux.

 

- La condition même du chrétien, c’est toujours l’imperfection, et le péché qui rend malheureux le croyant (le fameux « rendez à César ce qui est à César ») dans la mesure où la perfection de ce monde ne proviendra que du retour du Christ sur terre. Il y aura donc pour chacun, pour tous, des souffrances à supporter ici-bas. La question de l’au-delà ne doit pas être perdue de vue.

 

 

III – La foi chrétienne peut et doit être une foi joyeuse :  

 

Le Christianisme donnerait la primauté au devoir et à l’éthique, et l’existence dans ce monde de tant de détresses, de tant de misères ne permet pas au chrétien d’être heureux, car il doit souffrir si le monde souffre. Sur le plan individuel, le chrétien sait qu’il est pêcheur et qu’il doit exprimer du repentir. Il connaît ses imperfections et en souffre sincèrement.

 

Cela est vrai. Mais la foi chrétienne ne se résume pas à cela. Le devoir et l’éthique ne sont pas en eux-mêmes une prison où chacun contiendrait sa liberté. Ce peut être l’expression de sa liberté ou plutôt de sa libération progressive et jamais totale. Et la misère du monde nous donne l’indication du chemin que nous devons prendre pour contribuer à la résoudre.

Mais le christianisme, ce n’est pas exclusivement cela : le christianisme, c’est d’abord la Bonne nouvelle.

 

Les facteurs de joie viennent d’abord des grandes lois de la doctrine chrétienne, que nous avons souvent tendance à contester ou à oublier.

 

- le salut par la grâce de Dieu sans considération des mérites, mais par le seul moyen de la foi ;

 

-  la certitude de l’amour et de la présence de Dieu : « le bonheur et l’amour de Dieu m’accompagneront tous les jours de ma vie ». ( Ps 23.-6)

 

- la Résurrection du Christ qui est la victoire de la vie sur la mort, car elle est le socle sur lequel s’appuie notre espérance ;

 

- les deux appels fondamentaux à l’amour pour Dieu, et pour les autres ;

 

- la beauté de la création, qui est l’œuvre de Dieu : le sourire d’un enfant, le coucher du soleil sur la mer ou la montagne, la musique qui nous transporte, l’amour pour son conjoint… La création, c’est aussi chacun de nous, c’est moi. Et savoir que Dieu m’a créé et me transforme, cela doit conduire à l’amour de soi.

 

Les facteurs de joie se retrouvent dans la prière : Paul lie la joie et la prière, les deux interagissent, s’alimentent l’un de l’autre. La prière n’est pas destinée à entretenir une forme de tristesse et de morbide contemplation mais à nous rendre joyeux, si pour nous la joie n’est pas un plaisir égoïste mais un sentiment qui nous ouvre sur autre chose que nous. La prière nous ouvre vers l’extérieur, vers Dieu. En priant, nous ne devons pas seulement penser à nos misères, à nos démons mais aussi et surtout rendre gloire à Dieu, lui transmettre notre louange pour tout ce qu’il a fait et fait et fera pour nous, lui communiquer notre amour. Dieu aime qu’on lui rende gloire en étant heureux, joyeux de le faire.

 

En reliant joie et prière, Paul nous conduit également à placer la joie dans le cadre de la relation avec autrui, avec Dieu, avec nos proches, ou avec les membres de l’Eglise. La prière n’est pas seulement intime ; elle est une prière à Dieu, elle est aussi une prière avec et pour les autres. La joie est toujours plus grande quand elle est vécue en présence de quelqu’un d’autre, Dieu qui est toujours disponible, notre famille, nos amis, nos proches, nos frères et sœurs. Un repas, un film, un coucher de soleil… tout cela est d’autant plus intense que nous ne sommes pas seuls, que nous pouvons les partager…

 

Jean le montre bien dans son Evangile, et plus particulièrement dans le dernier discours de Jésus aux disciples.

 

 

Quand il prêche le Royaume de Dieu, Jésus souligne que ce Royaume naît à chaque fois qu’une relation apparaît : ce peut être une petite graine de moutarde qui va accueillir les oiseaux du ciel, un père qui va tuer le veau gras pour célébrer le retour de son fils, ou une femme qui invite ses voisins quand elle a retrouvé la pièce qu’elle avait perdue…

 

La joie évangélique n’est pas une joie égoïste, c’est une joie de partage qui favorise l’harmonie parce qu’’elle est articulée à la prière qui nous révèle par construction, par essence, que nous ne sommes pas seuls, et que nous formons une communauté solidaire. Quand je prie Dieu, je suis solidaire de lui et je sais qu’il est solidaire de moi, solidaire de mes frères qui le sont de moi.

 

La joie, c’est le signe visible qu’on est enfant de Dieu.

 

 

IV – Etre chrétien nous donne des clefs pour accéder au bonheur terrestre :

 

Au-delà de la joie chrétienne, se pose la question du bonheur terrestre, du bonheur ou de l’accomplissement dans notre vie de tous les jours. Nous ne sommes en effet pas toujours dans la prière, ni toujours dans la joie de Dieu. Nous pouvons être de bons chrétiens, sans pour autant être heureux dans notre vie, ni retirés du monde. Demain, nous retrouverons notre travail. Dès ce midi, dès cet instant pour certains, nous serons face à nos difficultés. En quoi notre foi nous aidera-t-elle concrètement ? A plusieurs titres qui sont essentiels :

 

- La prière favorise le décentrage par rapport à nos préoccupations égoïstes (l’homme n’est pas appelé seulement à satisfaire ses propres besoins mais à chercher à comprendre les autres et à les aider). Or, trop souvent, nous sommes enfermés sur nous-mêmes au point de devenir paranoïaques, autistes, insensibles. Et nous en souffrons. Regardons les autres, notre potentiel d’action envers eux ;

 

- Il en est de même du pardon qui est un des principaux commandements de Dieu (cf. La prière du « Notre Père »). Le pardon des offenses est une des conditions de l’amour des autres, une des conditions aussi de la compréhension de ses propres limites, de ses difficultés relationnelles, de ses propres responsabilités. Savons-nous pardonner aux autres ? Savons-nous les comprendre ? Savons-nous comprendre et admettre nos propres erreurs, notre responsabilité personnelle dans nos conflits relationnels ? Combien d’entre nous vivons dans le ressentiment, dans la paranoïa parfois ? Et ces conflits, même parfois internes aux membres des familles et des Eglises qui ne se cicatrisent pas, ces plaies qui ne se referment jamais ? Combien serions-nous plus heureux si nous savions pardonner, comme Dieu nous pardonne.

 

- Enfin, le « Notre Père » nous convie à demander à Dieu de nous donner notre pain quotidien. Cette formule est très riche. D’abord, elle nous conduit à nous satisfaire de ce qui est essentiel, le pain ; donc à relativiser nos envies, à ne pas vouloir trop accumuler de richesses pour l’avenir, à rester frugal mais aussi à ne pas être inquiet pour demain et après demain. Elle nous conduit à être confiant en demain en dépit des incertitudes du jour, car demain aussi nous aurons certainement notre pain ; elle nous invite à nous en remettre à Dieu, Dieu notre soutien, notre Père aimant, plutôt qu’à
nous-mêmes, à notre supposée force de travail ou d’accumulation de richesses.

 

Oui, si nous comprenons que tout ne doit pas passer par nous, pour nous, que nous ne sommes pas le centre du monde mais que nous ne vivons bien et heureux qu’en relation ; si nous savons pardonner aux autres et repartir de l’avant sans rancune ; si nous  pouvons prendre du recul par rapport à nos problèmes matériels, nous en remettre à Dieu ; si nous savons considérer les autres avec un regard amical et respectueux, alors, indiscutablement, nous serons plus heureux .

 

 

 

Conclusion :

 

Le chrétien doit avoir un peu de recul avec le bonheur.

 

A vouloir trop chercher le bonheur et à la présenter comme un idéal en soi, on peut s’étourdir un moment plus ou moins long de notre vie mais on risque de se rendre malheureux. L’acquisition d’un certain bonheur peut être liée à notre capacité à nous décentrer par rapport à cette question, par rapport à nous-mêmes, et à aller vers les autres grâce à la relation particulière que l’on entretient avec Dieu.

 

Le Christianisme, c’est l’espérance, c’est le don de soi à autrui, c’est la solidarité et la fraternité.

 

Rm5,11 : « Nous (les croyants), nous plaçons désormais notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a obtenu la réconciliation ».

 

 

 

Amen

 

 

Alain JOUBERT

 

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