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Lorsque je parle de ma foi à un agnostique ou à un athée, la première objection qui m’est faite est que le christianisme, ou le judéo-christianisme, est une doctrine mortifère entretenant une véritable culpabilisation des croyants qui seraient ainsi pris en otage et retenus dans les griffes d’une morale astreignante. Celle-ci nous empêcherait de jouir de la vie et de devenir libres, et elle nous placerait au contraire dans une espèce d’apathie mensongère et oppressive faite de culpabilisation.

Notre société n’aime pas la culpabilité. Ne se veut-elle pas d’ailleurs une société de libération, et de libération justement contre la culpabilité ?

 

Définition de la culpabilité 

Il est vrai qu’il existe un fond de culpabilité dans le christianisme : l’homme créé à l’image de Dieu ne vit-il pas dans le péché ? N’a-t-il pas toujours été dans l’incapacité de répondre aux différentes formes d’alliance proposées par Dieu ? N’a-t-il pas organisé l’assassinat sur la croix de son sauveur ?je me sens coupable

Mais il faut d’abord définir la culpabilité. Il s’en trouve de multiples, avec des significations diverses.

Pour reprendre la définition de Françoise DOLTO donnée dans « l’Évangile au risque de la psychanalyse », la culpabilité, que nous examinerons ici sous l’angle du sentiment de culpabilité, est « un état affectif, un sentiment diffus d’indignité personnelle. » Et pour faire plus simple, le sentiment qu’on n’a pas fait ce que l’on aurait dû faire, et qu’on le regrette au point de se mettre plus ou moins en cause.

Au-delà d’une situation ponctuelle ou permanente d’insatisfaction, la culpabilité peut avoir des conséquences différentes. La culpabilité peut être positive, et nous permettre de nous engager sur un chemin vertueux. C’est un instrument d’éducation, un vecteur de construction sociale.

La culpabilité ne s'apparente pas toujours et seulement à une névrose. L’absence totale de sentiment de culpabilité serait une indifférence totale, voisine de l’anomie, qui aurait un effet aussi ravageur pour l’homme comme pour la société.

 

La culpabilité selon l'apotre Paul 

Lisons l'Epitre aux Romains  chapitre 7,14-25

 

Ce témoignage n’est ni du premier venu, ni l’aveu d’un homme incroyant malade ou se complaisant dans un cynisme achevé : il est de Paul lui-même, l’apôtre du Seigneur, celui qui consacre depuis longtemps sa vie à exercer le ministère que lui a confié le Christ, celui qui écrit son principal message pour édifier les Romains. Il est donc le témoignage sincère, déchiré, lucide et éclairé d’un chrétien plus qu’exemplaire.

Cet enseignement est totalement contraire à ce que pensent la plupart de nos contemporains du christianisme, notamment dans sa relation au péché et à la culpabilité. Et même à nos traditions chrétiennes, empreintes de moralisme et d’idéalisme.

Car, Paul nous indique d’abord que l’homme est habité, presque possédé par le péché, cette pulsion qui conduit au mal. Il nous indique aussi dans ce passage que notre foi nous donne l’intuition, et même parfois la connaissance des règles à observer, des conduites à tenir, mais que nous ne répondons pas dans notre pratique quotidienne à notre idéal, car nous ne le pouvons pas. Et ceci alors même que notre foi est grande. Cette tension, cette contradiction, sont irrépressibles et irréversibles. Elles correspondent à la nature humaine, elles témoignent des limites de la volonté, de la raison .

Rappelons-nous que toute notre morale occidentale, conceptualisée par KANT, donc issue ainsi du protestantisme « puritain », repose sur la règle : « Tu dois, donc tu peux ». C’est la capacité revendiquée de l’homme à mettre sa conduite au service de son idéal, ou de la morale absolue, celle qui donne les règles de morale à appliquer, en rapport à la loi la certitude affirmée par les humanistes ou rationalistes, que le juste pourrait mettre en œuvre tout au long de sa vie sa propre vocation morale, qu’il pourrait donc régler lui-même sa vie. 

  Paul dit ici le contraire. Le croyant, et lui-même qui a le statut d’apôtre, est dans l’entre-deux, dans le déchirement. Et au-delà de l’impuissance, ayant l’intuition, la perception de sa mauvaise conduite du fait de sa raison éclairée par la foi, il en éprouve un sentiment de culpabilité.

Cela, nous le vivons profondément en tant que chrétiens. Lorsque je me présente devant Dieu, par exemple dans la prière, dans la demande de pardon des péchés, je suis insatisfait ; insatisfait de ce que j’ai fait, de ce que j’ai dit, de ce que j’ai pensé, de ce que j’ai fait ou je n’ai pas fait. C’est pour cela que je demande le pardon. Comme je prétends avoir la foi, cette insatisfaction me donne un sentiment qui peut être fort de culpabilité qui me crée un malaise assez permanent, une distance par rapport à l’action, une frustration et une incapacité de me satisfaire de ce que je suis et fais, au point d’être incapable d’accéder au bonheur et même à l’apaisement. La pratique de ma foi me rappelle ma situation de pécheur, me rappelle à mes devoirs. Ne dit-on pas que c’est un trait caractéristique du protestant « classique », devenu  étrange dans notre monde moderne voué au culte de la liberté, au refus de l’interdit, et de la recherche frénétique du bonheur ? Bref, suis-je devenu le vestige anachronique et bizarre pour tout dire d’une idéologie castratrice ?

  La culpabilité est donc un sentiment que nous avons du mal à accepter et à comprendre par son caractère paradoxal, apparemment antinomique entre le vouloir et le faire, entre l’idéal et la pratique ?

Quels enseignements tirer de tout cela ?


Je discernerai trois fonctions de la culpabilité :

 

— la culpabilité qui nous rapproche de Dieu ;

— la culpabilité qui nous éloigne de la foi ;

— la culpabilité que la foi doit nous permettre de dominer et de dépasser.

 

1. Notre foi révèle et éclaire notre sentiment de culpabilité :

 

La foi nous rappelle ce que Paul désigne par la loi, c’est-à-dire le sens et la lettre des commandements de Dieu. Elle nous dévoile et nous rappelle un idéal de vie, une norme, un but à atteindre. Mais cet idéal entre culpabilitéen conflit avec la réalité. La Loi n’a pas la force de triompher de la chair. L’apôtre Paul témoigne de ce dédoublement de personnalité. Celui qui agit chez lui n’est pas réellement lui, ou c’est un autre lui, un moi désorganisé, intérieur. L’expression bouleversante de ce conflit intérieur et de cette tension entre la conscience et la réalité aboutit à un cri de détresse. Paul vit cette expérience qui consiste à se découvrir malgré lui pécheur, instrument du péché.

   Paul reprend d’une certaine manière le cœur de la philosophie de Platon, cette séparation, cette tension entre le corps et l’esprit, mais pour lui donner une autre signification, un autre sens.

  Le corps, ce n’est pas le corps physique, qui serait mauvais en soi. Paul ne dénigre pas, comme l’auteur de la caverne, le corps pour lui opposer l’âme. Dieu a créé le corps autant que l’âme. Il se réfère plutôt à la nature humaine, corps et intelligence, assujettie à la loi du péché. Et il l’oppose à l’âme, émetteur de l’amour mais aussi de la raison, du discernement.

  Il est en cela fidèle à l’enseignement de Jésus, délivré dans le Sermon sur la montagne par exemple. Nous pouvons recevoir les commandements, mais nous sommes incapables de les appliquer totalement. Cela serait surhumain. Et cela ne nous est finalement pas demandé par Jésus (dans l’épisode de la femme infidèle, « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »).

  La Loi Biblique qui contient des dispositions précises sur les relations entre les hommes comme entre les hommes et Dieu éclaire la conscience, mais aussi la raison, l’intelligence. Mais elle n’a pas raison de la partie enfouie, cachée, inconsciente de notre être.

Fort heureusement, il y a une solution, qui est esquissée dans cet extrait, et que Paul développera  notamment au chapitre 8 de l’épitre : le Christ . Les hommes sont libérés de la loi du péché et de la mort par la vie en Christ et par l’Esprit. Donc par la foi. Et non par leur action personnelle. Ils ne se sauvent pas (l’exemple de Paul montre qu’ils restent sous l’emprise du péché), ils sont sauvés. Le jugement de Dieu n’est ni un concours de bonté ni une pesée des bons et mauvais actes de l’homme, mais une décision inconditionnelle de grâce, de pardon unilatéral, comme un Président gracie un coupable condamné définitivement par les Tribunaux. La grâce ne regarde pas les actes. Elle ne regarde que la foi.

  Or, l’action de la foi au regard de la culpabilité est limitée, progressive, réversible. Pourtant elle est réelle même si elle est imparfaite.

  Il faut à ce titre rappeler la thèse de Jacques pour qui la foi qui ne se traduit pas réellement par les actes est morte. La vie n’est ni toute noire, ni toute rose ou blanche, mais elle évolue dans cette tension entre l’idéal et le réel. Pour ceux qui ne peuvent être Mère Térésa (et même pour elle), il y a une insatisfaction, un sentiment de culpabilité auquel répond bien le texte de Paul. Le sentiment de culpabilité est révélateur de la foi.

  Plus nous avons la foi, plus nous avons la volonté de « bien agir », et plus nous ressentons les limites de notre action. Nos actes, nos œuvres ne nous donneront jamais une satisfaction globale. C’est vrai, les chrétiens peuvent être épanouis. Ils sont rarement satisfaits.

  Jésus n’a jamais félicité les sages satisfaits d’eux-mêmes et sans questionnement. Il s’est toujours intéressé aux personnes en demande, en recherche. Le jeune homme riche, insatisfaisant mais arrivé devant Jésus sans culpabilité intérieure, repart culpabilisé (il « courbe le dos ») parce qu’il comprend les limites de sa « normalité ». il part coupable mais il reprend le chemin.

  Ce texte répond en outre à une préoccupation moderne, dévoilée par les découvertes de la psychanalyse : l’ambivalence de notre intériorité est en effet mieux  comprise de nos jours avec le développement des recherches sur l’inconscient. En chacun de nous, il y a du conscient et de l’inconscient. Freud et son école ont bien montré la part de l’inconscient, lieu de la mémoire refoulée, des désirs inavoués et des traumatismes enfouis. C’est cette découverte de notre part cachée et mystérieuse qui fait dire à Arthur Rimbaud «  Je est un autre », mettant fin aux prétentions de Descartes et des rationalistes concernant le triomphe du « sujet » : « je pense donc je suis », où le sujet est maître de sa vie, de ses actions, de ses pensées.

La prise en compte de l’inconscient nous conduit à reconnaître, comme Paul nous y invite, que nous ne sommes pas transparents à notre foi. Nous ne sommes pas une image pure et parfaite de l’Evangile. Il y a en nous une lutte intérieure où le plus fort n’est pas celui que l’on voudrait. Et nous n’avons aucune maitrise de la foi, qui ne nous rend en aucune manière  immédiatement et totalement pur, mais nous montre le chemin, et nous donne la force de le suivre.

 

Alors, sommes-nous condamnés à subir à tout jamais ce sentiment de culpabilité qu’exacerberait notre foi ?

 

2. La foi nous délivre de la domination de la culpabilité :

 

La foi nous fait prendre conscience de notre condition de pêcheur. Reste à en définir le sens.

  Le péché, ce n’est pas la faute. La faute, c’est un acte répréhensible aux yeux de la conscience et de la morale, qui appelle le regret, le repentir.

  Le péché est un concept religieux dont le sens biblique est précis , une offense à Dieu par manque d’amour qui atteint la relation entre l’homme et Dieu. Le péché entraîne chez le croyant la contrition car il s’éloigne, parfois malgré lui, de Dieu.

  Le péché, c’est dans notre relation avec Dieu, le repli de la personne sur elle-même (sur ce que Paul appelle « la chair ») et son refus de communiquer. Il existe à cet égard une assurance : chaque croyant étant imparfait en application de ce que Paul vient d’indiquer, chacun éprouve ce sentiment de culpabilité.

  Bien évidemment, si chacun souffre de ce sentiment, tous n’en souffrent pas avec la même intensité.

  Mais autant il existe une culpabilité positive, féconde, celle qui est riche en potentialités de retour sur soi et de vie nouvelle, autant il existe une culpabilité négative, qui risque de détruire la relation avec Dieu, et immanquablement avec les autres, et que la foi permet d’atténuer, de guérir.

  S’enfermer dans son sentiment de culpabilité quel qu’il soit, détruit notre relation vis-à-vis des autres et de nous-même, mais aussi vis-à-vis de Dieu. En effet, une culpabilité permanente et centrale est contraire au message que Dieu nous transmet. Elle a pour effet de confondre le regard de Dieu et le regard humain. Dieu nous a pardonné tous nos péchés. Dieu nous regarde avec bienveillance.

Il nous fait confiance, il nous donne une vraie valeur. S’enfermer dans une situation de culpabilité, cela consiste à décider à la place de Dieu de ce qui est le bien et le mal, alors que Dieu nous a rappelé depuis Genèse 2 que c’est l’interdit suprême.

  C’est pour reprendre une expression forte de Paul Ricœur : « sa propre conscience qui devient mesure du mal dans une expérience de solitude totale. »

  En cela, la culpabilité poussée à son paroxysme fait perdre à l’homme la foi dans la capacité de communication avec Dieu. L’homme culpabilisé, désorienté, est progressivement possédé par sa prétention à juger et à se juger. C’est ce que l’homme ressent comme étant sa conscience qui devient mesure du bien et du mal dans une sorte d’univers autarcique.

  L’homme devient une « forteresse vide » comme le disait Bruno Bettelheim concernant les autistes, une forteresse qui se vide de toutes ses forces pour se défendre contre un danger imaginaire.

  Comme l’a très bien indiqué Lytta Basset, il existe aussi une autosuffisance a priori rassurante de la culpabilité parce qu’elle permet au sujet d’éviter toute remise en cause, toute action dynamique pour se réfugier dans un quant à soi destructeur ou une relation atrophiée avec Dieu ou avec autrui..

  On se retrouve dans une situation de prise de pouvoir par le Satan de la Bible, dans des conditions très proches de celles magnifiquement décrites par le livre de Job. La racine verbale hébraïque de Satan, c’est d’ailleurs « faire opposition », « empêcher ». Dans la Bible, le Satan se déploie en l’humain pour faire opposition à la relation avec Dieu, pour s’opposer au désir, pour empêcher la vie. Le Satan est en Job celui qui tente de l’enfermer dans le monde de la culpabilité-disculpation qu’il a lui-même créé. Il est celui qui convainc Adam et Eve de perdre confiance en Dieu, et de prétendre devenir aussi puissant que lui.

  Luther   l’a indiqué, reprenant exactement l’image de l’apôtre Paul : « la volonté humaine est placée entre Dieu et Satan comme un cheval entre deux cavaliers. »

  Rappelons-nous d’ailleurs : c’est au moment où Job renonce à l’idée de s’imputer personnellement la faute de ses malheurs, ou de l’imputer à Dieu qu’il reprend contact avec l’Eternel et que ses soucis vont de résorber.

  Le péché est l’imperfection de la relation avec Dieu. Elle est naturelle pour l’homme depuis sa chute. Il ne pourra jamais faire mieux que se rapprocher du mieux possible de son Idéal sans jamais atteindre la perfection à laquelle il aspire. 

La conscience de la nature pécheresse de l’homme et de son état d’imperfection comme le dévoilement de l’idéal chrétien bloquent le caractère dépressif de la culpabilité puisque l’homme en chemin sait qu’il n’arrivera pas seul et par ses propres forces au bout du parcours, et que son salut assuré n’est pas lié à ses propres forces.

  Le christianisme n’est pas le bouddhisme qui repose sur l’oubli progressif du moi pour permettre la recherche de l’apaisement. Il est l’accompagnement du moi, la conciliation entre la reconnaissance de la souveraineté de Dieu et la liberté du croyant qui se manifeste dans l’adhésion.

  Le message biblique enseigné et répété est clair : la justification par la foi seule offre la possibilité d’en finir avec la culpabilité sans prix à payer. Il suffit d’y croire, de se remettre à son sauveur qui vous a gracié, qui a donc ouvert les portes de la prison où nous sommes enfermés. La foi, c’est la confiance dans le gardien de la prison qui nous libère, nous ouvre la porte, et nous montre le chemin à suivre. Le problème est que le prisonnier accepte de s’engager sur cette voie libre et ouverte qui va transformer sa vie. Il peut y avoir des risques et des embûches. Mais il a surtout le risque d’une nouvelle vie, celui d’une libération. La peur de sortir, peut-être la peur de « sortir de soi » et d’aller de l’avant, par écrasement du sentiment de culpabilité et manque de confiance en soi.

 

3. L’entretien de notre foi peut nous permettre par une vraie repentance de dépasser le sentiment de culpabilité :

 

Les différentes confessions chrétiennes, qui s’emploient aujourd’hui toutes à ne pas culpabiliser les fidèles, empruntent des voies différentes pour l’expression du pardon des péchés.

  L’Eglise catholique a recours au sacrement de la confession des péchés, qui aboutit à l’absolution par la voie du prêtre. La confession est dans la pratique en grande perte de vitesse, mais cette médiation extérieure a pour avantage de placer un tiers disposant d’autorité pour administrer un sacrement qui puisse mettre fin à de douloureux débats intérieurs, ou au moins les apaiser.

  Le protestantisme accorde priorité à la relation interpersonnelle sur le sacrement : c’est la relation directe avec Dieu qui permet de prendre en considération la culpabilité et de la traiter par la foi.C’est fondamentalement vrai. 

  Dans le culte protestant, la confession des péchés existe, pas le sacrement. La confession des péchés est suivie d’une promesse : un rappel de la grâce offerte à quiconque engage sa foi ou sa confiance dans sa relation avec Dieu. Mais cette promesse de grâce, il faut la recevoir, il faut y croire. 

Mais comment recevoir la foi, comment saisir la main qui nous est tendue notamment si notre sentiment de culpabilité exacerbé nous paralyse ? Probablement d’abord en s’attachant à dégager sa foi de ce qui est sa mauvaise foi : celle qui recherche des idoles, celle qui de fait produit l’enfermement, celle qui paralyse. La foi, on l’a vu, c’est d’abord la foi dans le chemin que nous présente le Christ, parce que ce chemin est le chemin de la vie. Encore faut-il qu’au-delà du don de la foi, elle soit entretenue. Au-delà du chemin, c’est donc trouver ou retrouver un idéal, un horizon qui nous permette de prendre la route en confiance. Alors certes, il ne faut pas se tromper de chemin, et c’est là qu’intervient le lien entre « le chemin, la vérité et la vie ». Comme l’a très bien vu Calvin, la foi permet la sanctification. Elle donne la force de montrer le chemin. Car la foi et la confiance retrouvée ancrent chez le croyant l’envie de donner, de partager, de faire avancer les autres. C’est un sentiment très partagé, nourri en partie par la persistance d’un sentiment de culpabilité, et qui devrait être galvanisé par la certitude de l’amour gratuit de Dieu et de son pardon définitif.

  Certes, ce chemin est long, parsemé d’embûches : il serait naïf d’espérer que le fait de croire libère totalement et une fois pour toutes. Mais, et c’est l’essentiel, les croyants entrent dans un processus où ils reçoivent avec la clarté, la possibilité de combattre tout ce qui fait obstacle à leur foi.Et c’est là où le croyant se retrouvera souvent face à ce sentiment d’impuissance radicale exprimée par Paul dans Romains, qui donne indiscutablement du ressort à son sentiment de culpabilité.

  Et, il existe chez nous, rappelons-le, cette part d’inconscient, d’inexpliqué que la raison, l’enseignement, ne peuvent atteindre. Pour elle, l’Église dispose d’une autre voie que l’enseignement , celle de la spiritualité. Comme les enfants pour leur apprentissage scolaire, nous devons accepter la répétition, et accepter une part d’émotion qui peut être traitée et canalisée par le rite, la liturgie, le culte, la louange, la lecture régulière de l’écriture. Il nous faut malgré notre culpabilité, notre défiance instinctive devant la vraie foi, notre culte irraisonnée de la raison, retrouver la confiance, qui est fondamentalement la poursuite de la relation avec Dieu, le refus de l’enfermement dans nous-même. Cela permet de ne plus nous arcbouter sur l’incapacité dans laquelle nous sommes dans notre vie de répondre correctement ou totalement à notre idéal.

  Il y a dans la période moderne une nécessité de dépassement des formes traditionnelles de liturgie que les Eglises doivent comprendre et mettre en œuvre avec d’autant plus de force qu’elles doivent lutter contre leur désaffectation et s’adresser à la jeunesse dans une société désécularisée en perte de repère. A cet égard, les recettes du passé, comme le scoutisme, les camps de jeunes, les écoles du dimanche, doivent probablement être en partie revisitées.

L’ère d’Internet et les réseaux sociaux présentent de nouveaux outils, et l’offre de nouvelles opportunités pour faire face aux risques qu’ils comportent (l’isolement, la confusion des informations…).L’objectif est que le chrétien d’aujourd’hui se tienne « droit dans ses bottes » dans la fidélité au message chrétien. Et donc qu’il accorde au sentiment de culpabilité sa place.Car il y a  un risque dans notre propre fixation sur le péché : le risque, ou plutôt la tentation d’abandonner ce Dieu qui apparaît nous abandonner, de s’enfuir vers d’autres idoles, plus explicables, plus rassurantes. La culpabilité, en nous donnant une image peu valorisante mais cohérente de nous-même, peut nous enfermer.

 

Il faut donc oublier, dépasser le péché et la culpabilité        .

  Or, la puissance du message évangélique, c’est de « perdre sa vie pour la gagner », c’est-à-dire de se risquer à sortir de soi-même, de ce système de survie que représente l’explication de la culpabilité. C’est un des mystères de la conversion, un de ses objectifs aussi.

 

En conclusion,

 

Dans ce passage de Romains 7, Paul nous a beaucoup dit, en prenant racine sur ses propres tourments, sur ces propres interrogations :

  - oui, notre nature humaine est imparfaite et incapable par son action concrète de nous transformer, de nous apporter cet état de sainteté auquel nous  aspirons ;

  - oui, notre foi, donnée par Dieu, qui nous sanctifie progressivement mais imparfaitement, avec des hauts et des bas, nous montre le chemin, la Vérité et la Vie. Et dans cette vérité, il y a la conscience de notre imperfection dont il est normal que nous souffrions. Oui, nous discernons cette main qui nous est tendue, et nous ne la prenons pas toujours, pas solidement. Mais quel bonheur que de progresser, de se savoir aimé malgré ses manquements, ses erreurs, de se savoir sauvé par la grâce et l’amour de Dieu !

  - oui, notre culpabilité demeure mais maîtrisée, canalisée, elle nous donne un idéal concret de vie, un sens à notre vie, dans la mesure où notre Foi dans le message évangélique écarte la mauvaise foi, les mauvaises tentations, et surtout le repliement sur soi, l’enfermement.

 

Seigneur, peu ou prou, nous sommes comme Paul. Or, Paul a répondu à ton appel, il a suivi ton chemin.

 

A notre place, permets-nous de répondre à ton appel. Appelle-nous !

 

mot clé : culpabilité

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